TL;DR Les rats — notamment le rat brun (surmulot) — peuvent transmettre le virus Seoul, une forme d'hantavirus présente en France. La contamination se fait par inhalation de poussières contaminées par leurs déjections, pas par morsure. En 2024, un cas confirmé a été lié à des rats sauvages du parc de la Tête d'Or à Lyon. La prévention passe par des gestes simples et, en cas d'infestation, par une dératisation professionnelle.
Qu'est-ce que l'hantavirus ?
Les hantavirus forment une grande famille de virus portés par des rongeurs sauvages — campagnols, rats, mulots. Chaque virus est associé à une espèce réservoir précise, ce qui détermine sa zone géographique de circulation.
Chez l'humain, ils provoquent deux types de syndromes distincts :
- FHSR (fièvre hémorragique avec syndrome rénal) : forme européenne et asiatique, atteinte rénale prédominante, létalité inférieure à 1-12 % selon le virus.
- HCPS (syndrome cardio-pulmonaire) : forme américaine, atteinte pulmonaire sévère, létalité pouvant atteindre 30-60 %.
En France hexagonale, deux virus circulent principalement :
- Virus Puumala : porté par le campagnol roussâtre, endémique dans le quart nord-est.
- Virus Seoul : porté par le rat brun (surmulot), présent en milieu urbain sur tout le territoire.
Point crucial : aucun hantavirus circulant en France ne se transmet d'humain à humain. Seul le virus Andes, absent d'Europe, présente une transmission interhumaine documentée.
Quels rats transmettent l'hantavirus en France ?
Le rat brun (Rattus norvegicus, aussi appelé surmulot ou rat d'égout) est le réservoir naturel du virus Seoul. C'est l'espèce de rat la plus répandue en milieu urbain français : caves, égouts, parkings, berges de rivières.
Il ne faut pas confondre avec le campagnol roussâtre, qui porte le virus Puumala et vit en milieu forestier. Ces deux rongeurs, deux virus distincts, deux contextes d'exposition très différents.
Ce que confirment les données 2024 : le département du Rhône a enregistré son premier cas confirmé d'hantavirus — une infection par le virus Seoul. La souche détectée chez le patient est proche de celles circulant chez des rats sauvages capturés à Lyon, au sein du parc de la Tête d'Or. Une étude scientifique menée entre 2020 et 2022 dans ce parc avait déjà mis en évidence une séroprévalence de 17,2 % parmi les rats piégés, et confirmé la circulation continue du virus Seoul dans ce parc urbain très fréquenté.
| Virus | Réservoir animal | Zone de circulation | Syndrome | Létalité |
|---|---|---|---|---|
| Puumala | Campagnol roussâtre | Quart nord-est, extension vers sud-ouest | FHSR | ~0,4 % |
| Seoul | Rat brun (surmulot) | Urbain, toute la France | FHSR | 0,4-10 % |
| Tula | Campagnol des champs | Sporadique (Jura, Bas-Rhin, Aveyron) | Rare | Faible |
| Dobrava | Mulot rayé | Rare en France | FHSR | Plus élevée |
Comment se transmet l'hantavirus par les rats ?
La voie de transmission principale surprend souvent : on n'attrape pas l'hantavirus en touchant un rat, mais en respirant.
Quand un rongeur infecté urine, défèque ou salive dans un local fermé, le virus reste viable dans les déjections sèches. Le moindre balayage ou dépoussiérage sans précaution remet ces particules en suspension dans l'air — et c'est à ce moment que la contamination survient.
Voies de transmission :
- Principale (>95 % des cas) : inhalation de poussières contaminées par urine, fèces ou salive séchés de rongeurs infectés.
- Secondaires : contact direct avec un rongeur infecté, morsure (rare), ingestion d'aliments ou d'eau contaminés.
Contextes à risque :
- Nettoyage de caves, greniers, remises ou bâtiments agricoles longtemps inoccupés.
- Travaux de rénovation dans des bâtisses anciennes.
- Manipulation de bois de chauffage stocké à l'extérieur.
- Débroussaillage en zone forestière ou agricole.
- Ouverture d'une résidence secondaire au printemps après l'hiver.
Ce qui ne transmet pas l'hantavirus :
- Le contact avec une personne malade (pour les souches françaises).
- Les animaux domestiques sains.
- Fréquenter un lieu public ordinaire.
Quels sont les symptômes de l'hantavirus ?
L'hantavirus est sournois : ses premiers signes ressemblent à une grippe sévère. La période d'incubation varie de 1 à 6 semaines, avec une moyenne de 2 semaines après l'exposition.
Phase initiale (3-5 jours) :
- Fièvre brutale supérieure à 38,5 °C
- Céphalées intenses
- Myalgies (douleurs musculaires) et frissons
- Parfois nausées et douleurs abdominales
Phase rénale :
- Douleurs lombaires
- Troubles urinaires (diminution du volume d'urines)
- Oedèmes
Profil des cas 2024 : 84 % d'hommes, âge médian de 46 ans. Les personnes les plus exposées sont celles qui travaillent ou interviennent dans des environnements à risque : agriculteurs, forestiers, égoutiers, ouvriers du bâtiment.
| Phase | Durée | Symptômes principaux | Signes d'alerte |
|---|---|---|---|
| Fébrile | 3-5 jours | Fièvre > 38,5 °C, céphalées, myalgies | Fièvre persistante après exposition à des rongeurs |
| Hypotensive | 1-3 jours | Chute de tension, nausées, vomissements | Malaise intense, vertiges |
| Oligurique | 3-7 jours | Diminution du volume urinaire, douleurs lombaires | Absence d'urines |
| Polyurique | 1-2 semaines | Augmentation du volume urinaire | Déshydratation |
| Convalescence | Semaines à mois | Fatigue persistante | - |
Situation en France en 2024 : ce que disent les chiffres
Les données publiées par Santé Publique France et le CNR Hantavirus (Institut Pasteur) permettent de dresser un tableau précis.
Chiffres clés 2024 :
- 76 cas confirmés par le CNR : 55 Puumala, 1 Seoul, 21 sérologies probables Puumala.
- Année inter-épidémique : 75 cas exposés en France hexagonale, contre une moyenne de 108 cas/an sur 2012-2023.
- Pic historique : 320 cas en 2021, minimum en 2013 (14 cas).
- Saisonnalité : pic au mois de mai (12 cas en mai 2024).
Extension géographique :
Historiquement concentrés dans le quart nord-est (Nord, Aisne, Ardennes, Meuse, Moselle), les cas s'étendent progressivement. Depuis 2017, la zone d'endémie du virus Puumala s'est élargie vers le sud et l'ouest : 43 départements ont désormais enregistré au moins un cas, contre 31 en 2015.
Le cas Seoul de Lyon :
En 2024, le Rhône a enregistré son premier cas confirmé d'hantavirus. Il s'agissait d'une infection par le virus Seoul, dont la souche est proche de celles circulant chez des rats sauvages capturés au parc de la Tête d'Or. Un signal à prendre au sérieux pour les villes où les populations de rats urbains sont importantes.
Comment se protéger de l'hantavirus transmis par les rats ?
Gestes de prévention individuels
Ces gestes sont simples, mais ils font toute la différence dans les situations à risque :
- Aérer les locaux fermés (caves, greniers, remises) au moins 30 minutes avant tout nettoyage.
- Ne jamais balayer à sec : le balai soulève les poussières et les aérosolise. Utiliser un aspirateur avec filtre HEPA ou des lingettes humides.
- Porter un masque FFP2, des gants et des vêtements couvrants lors de travaux dans des zones à risque.
- Stocker les aliments dans des contenants hermétiques pour ne pas attirer les rongeurs.
- Colmater les accès : fissures, trous, passages de câbles — le rat brun peut passer par une ouverture de 2 cm.
- Éviter de toucher les rongeurs morts à mains nues.
Quand faire appel à un professionnel ?
Certains signaux doivent alerter : traces de fientes, grignotages sur des câbles ou des emballages, bruits nocturnes dans les cloisons ou les plafonds. Ces indices indiquent une infestation active.
Dans ce cas, la prévention individuelle ne suffit plus. Il faut éliminer le réservoir viral à la source.
- Toute infestation confirmée en milieu urbain (caves, parkings, locaux professionnels) justifie une intervention professionnelle.
- Les établissements recevant du public (ERP) et les locaux professionnels ont une obligation réglementaire de traitement.
- Le nettoyage d'un local après départ des rongeurs doit lui aussi être réalisé avec des équipements adaptés, voire par des professionnels.
| Situation | Prévention individuelle suffisante ? | Intervention professionnelle recommandée ? |
|---|---|---|
| Présence ponctuelle d'un rongeur | Oui (pièges, colmatage) | Optionnelle |
| Infestation confirmée (plusieurs individus) | Non | Oui — urgence |
| Locaux professionnels / ERP | Non | Oui — obligation réglementaire |
| Nettoyage de local infesté (après départ des rongeurs) | Avec équipements adaptés | Recommandée |
| Exposition professionnelle régulière (égoutiers, agriculteurs) | Oui (EPI) | Oui (traitement préventif des locaux) |
Quel traitement en cas d'infection ?
Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique validé contre les hantavirus en France. La prise en charge est exclusivement symptomatique et se fait en milieu hospitalier : réhydratation, surveillance de la fonction rénale, et dans les formes sévères, support respiratoire.
Ce qu'il faut retenir :
- Pas de traitement curatif disponible.
- Pas de vaccin disponible en France ni dans l'Union Européenne. Des vaccins inactivés existent en Chine et en Corée du Sud contre les virus Hantaan et Seoul, mais avec une efficacité modérée et sans couverture pour les souches européennes.
- En cas de symptômes après exposition à des rongeurs : consulter un médecin rapidement et signaler l'exposition. C'est essentiel pour que le diagnostic soit évoqué.
Pistes de recherche :
Le transfert de plasma de convalescents contenant des anticorps a montré des résultats encourageants pour réduire la mortalité liée au virus Andes, mais ces résultats restent à confirmer par des essais contrôlés. L'icatibant a été utilisé avec succès dans deux cas sévères d'infection par le virus Puumala, sans que son efficacité à grande échelle soit établie.
La recherche avance, mais lentement : développer un vaccin pour une centaine de cas par an en France représente un défi économique et scientifique considérable.
La prévention reste donc la seule protection réellement efficace disponible aujourd'hui.
Sources et références
- Institut Pasteur / CNR Hantavirus — La maladie et recommandations
- Santé Publique France — Données épidémiologiques hantavirus
- ANRS MIE — Hantavirus
- ANSES — Surveillance des rongeurs et zoonoses
Rats & Souris